La-les jalousies

J'ai déjà eu l'occasion d'aborder le thème de la jalousie et de la souffrance vécue par la personne. Voici des extraits de deux articles qui apportent des éclairages

La passion de la jalousie, maladie d'amour ?

    1 - La jalousie : une jouissance qui s’ignore, un ressentiment qui dévore.
    2 - Les deux dimensions de la jalousie
    3 - L’hainamoration ou l’amour à mort de la passion
    Conclusion : la jalousie structurante

Maladie d’amour dit-on, ne serait-ce pas plutôt une maladie de l’amour ? Cependant de quel amour parle-t-on quand on parle de jalousie ?

La jalousie amoureuse classique que Freud nomme « normale » ou « concurrentielle » est de type œdipien, c’est-à-dire triangulaire. Elle manifeste un lien de dépendance infantile à l’autre et porte sur un rapport et non sur un objet comme en témoignent ces cinq figures de la vie quotidienne :

  •     L’enfant jaloux de ce qui s’échange entre ses parents va les empêcher de s’embrasser ou de se parler voire s’immiscer dans le lit conjugal. Il ne le fait que lorsqu’ils sont ensemble. La rivalité ainsi constituée avec l’un ou l’autre des parents s’accompagne de vœux inconscients de mort et de haine renforcés par les frustrations quand elles sont imposées de façon sadique ou culpabilisante. Elles sont alors ressenties comme marque de mépris et, par identification à l’agresseur, l’enfant déplace sa jalousie sur d’autres objets en se vengeant. La vengeance, conséquence logique d’une jalousie non dépassée, revient à mettre le ressentiment à la place du sentiment.
  •     Face à la jalousie fraternelle qui reste un des grands thèmes de la littérature, nous avons tous fait l’expérience de l’inanité de la justesse distributive quantitative. En donner pareil à chacun n’a jamais résolu la jalousie. Que le jouet une fois arraché des mains du frère ou du compagnon perde de son intérêt confirme qu’il ne tenait son pouvoir attractif que d’appartenir à un autre, ce qui nous amène à évoquer dans certains cas un enjeu identificatoire beaucoup plus archaïque qu’œdipien, celui de l’envie.
  •     La jalousie dans le couple porte toujours sur une liaison potentielle avec un autre selon la logique du « je suis tout pour lui (elle)…. Alors si je suis absent ou qu’il est absent, c’est qu’il est forcément avec un autre ». Et même quand il est là, il est encore avec l’autre par la pensée et le désir.
  •     Les hommes jaloux de leur femme enceinte ne le sont pas de leur impossibilité de porter l’enfant mais du rapport que les femmes ont avec leur propre corps et avec le bébé en elle.
  •     La jalousie des parents envers leurs enfants (9) dans la réactivation de leurs jalousies infantiles non dépassées, se manifeste sous forme de reproche adressé à un fils ou à une fille (« après tout ce qu’on a fait pour toi ») ou sous celle de l’envie. Devenir père ou mère fait éprouver cette jalousie pour en sortir sous peine de rester le rival de son enfant, comme si on était son frère ou sa sœur, et donc d’affecter le lien de génération.

 

La jalousie

La multiplicité des affects
Étiologie de la jalousie
Le fonctionnement de la jalousie
Le cours de la thérapie

Nous ne pouvons pas nous arrêter à considérer la jalousie comme une émotion parasite, composite d’autres émotions comme le proposent certains auteurs, même si elle sait parfois se travestir sous des formes qui peuvent sembler à première vue manipulatrices. Elle repose sur des dynamiques intrapsychiques archaïques, qui comme pour la honte, ainsi que le montre Erskine, vise à protéger la personne de douleurs masquées.

La jalousie est une émotion complexe, aux origines multiples, vécue souvent sur un mode passionnel qui manifeste le désarroi intense de celui qui la ressent. Elle est cruelle et sauvage, envahit, dévaste, se révélant aux confins de l’absurde, tant éloignée parfois de la réalité. Elle apparaît de façon soudaine et brutale, mettant le jaloux hors de lui-même, qui ne se reconnaît plus, se pensant jusque là hors d’atteinte d’un tel déchaînement. Il se trouve projeté dans des zones obscures, placé face à des besoins fusionnels extrêmes et inconnus, qui le laissent interdit.
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Maladie d’amour dit-on, ne serait-ce pas plutôt une maladie de l’amour ? Cependant de quel amour parle-t-on quand on parle de jalousie ? Peut-être pas tant du sentiment amoureux si souvent invoqué par la personne en perte d’identité, que de l’amour qui permet de s’aimer soi dans l’amour que l’autre nous porte. Cet autre qui sert de support à la construction narcissique et à l’image de soi. La jalousie est partout, dès lors qu’il y a attachement.

La source de la jalousie est liée à de la perte ; elle fait ressurgir l’ombre de la violence de ces premiers renoncements qui ont suivis l’extase de l’accord si particulier entre le tout petit et sa mère. Au regard de ce que nous pouvons observer dans la rencontre d’un nouveau-né et de sa mère, l’accord semble parfait. Il la boit des yeux sans retenue et savoure cet échange jusqu’à la lie.

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Le fonctionnement de la jalousie
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Le jaloux rencontre des désirs d’emprise, sorte d’inclusion d’un moi dans l’autre, pénétration forcée à l’intérieur de l’autre, imposée et exigeante. Se sentant dépossédé du sentiment d’être soi, il ne peut exister qu’à travers l’autre, qu’il rend dépositaire de ses besoins et désirs. Il cherche à le contrôler mais cette emprise l’oblige à être dans une posture de surveillance quasi constante.
Cela le fragilise d’autant, augmentant sa dépendance et le plongeant dans une attente anxieuse, peut-être celle où il est resté comme suspendu, il y a bien longtemps. N’ayant pu bénéficier de cet accompagnement contenant et structurant, il grandit dans une disposition affective dans laquelle toute différence est vécue comme menaçante.

Voir aussi

ERSKINE, R.G., La honte et l’attitude "sans reproche" : perspectives transactionnelles et interventions cliniques, A.A.T., 76, 1995, pp. 163-182.